A la recherche de l’oiseau rare – Episode 3

les oiseaux rares et menacés

Bonjour à tous! Cela faisait longtemps que nous n’avions pas parlé d’oiseaux rares, de réintroductions et de  programmes de conservation. Pallions à ce manquement avec ce troisième épisode d’ “A la recherche de l’oiseau rare“! Si vous avez raté les précédents numéros, retrouvez le premier ici et le deuxième juste là. Cette semaine, revenons sur l’histoire de l’Outarde houbara, de la Mouette des brumes, de l’Aigle des singes et de l’Ibis nippon.


“Bougez-pas, je m’installe”

Allez, c’est parti!


Menacée par les traditions: l’Outarde houbara

L’Outarde houbara est un grand oiseau terrestre qui vit dans les milieux désertiques d’Afrique du Nord. Ce sont des oiseaux au comportement très discret. Leur plumage brun clair moucheté de noir, leur grande bande noire au niveau du cou leur permet de se confondre facilement avec leur environnement.

Les Outardes houbara sont très craintives et silencieuses. Elles trottinent d’un buisson à l’autre pour s’y cacher. Une seule exception toutefois: la parade nuptiale. Les mâles mettent en avant les plumes blanches de son cou et de sa calotte et paradent ainsi devant les femelles (cette grande couronne de plumes ne leur permet d’ailleurs pas toujours de discerner les obstacles du sol…). Démonstration:

Après s’être reproduit avec une ou plusieurs femelles, tout ce petit monde retrouve un comportement farouche.

Si l’Outarde houbara met un point d’honneur à être discrète, c’est qu’elle est la cible d’une tradition ancrée au Moyen-Orient: la fauconnerie. Pratiquée depuis des millénaires, elle fait partie intégrante de nombreuses pratiques culturelles arabes. 

Mais comment les populations de cette Outarde peuvent-elles être mises en péril par de la fauconnerie? Parce que si les parties de chasse étaient autrefois menées à dos de chameau, elles le sont aujourd’hui confortablement installés dans de gros 4×4, qui peuvent parcourir de grandes distances. Là où le chasseur utilisait uniquement son rapace, les armes se font aujourd’hui entendre, lorsque les faucons se reposent.

Bien qu’elles soient très mobiles et capables de s’adapter à un environnement difficile, l’évolution de cette chasse ancestrale menace très gravement les populations d’Outardes. Si l’on ajoute la dégradation de leur habitat, on estime que leur population a diminué de 25% au cours de ces vingt dernières années.

Des mesures ont néanmoins été prises pour diminuer l’impact de la chasse sur l’Outarde. Des projets privés de reproduction en captivité ont été développés afin de renforcer les populations sauvages. Ainsi, l’International Fund for Houbara Conservation, crée en 2006, a pour objectif de restaurer les populations sauvages. En supervisant 4 centres de reproduction, son travail fait autorité aujourd’hui en matière de renforcement des populations d’houbara.


“T’entends ça? On renforce des populations d’oiseaux qu’on chasse! C’est fou!”


En compétition avec une espèce redoutable: la Mouette des brumes.

Voilà un oiseau au nom mystérieux! La Mouette des brumes est un oiseau de la famille des Laridés, famille comprenant également les goélands et les sternes. Elle est reconnaissable grâce à une tête bien ronde, des pattes rouges, un manteau et des ailes noires.

Néanmoins, très peu de chances pour nous de l’observer dans nos régions: sa répartition est extrêmement restreinte. Elle ne concerne que 4 groupes d’îles en mer de Béring! S’il est possible d’observer en Europe sa cousine, la mouette tridactyle, qui lui ressemble beaucoup, la Mouette des brumes est pour nous une rareté ornithologique!

La Mouette des brumes n’a pas toujours été en grand danger d’extinction. Avec des territoires de reproduction arctiques et des sites d’hivernage océaniques, quel danger pouvait bien la toucher? Je vous le donne en mille: Sapiens sapiens!


“C’est pas vrai?! L’humain, carrément? Nom d’une pipe en bois, c’est affreux!”


Et oui, de par ses activités de pêche à outrance, l’humain a réussi l’exploit d’impacter la santé de populations d’oiseaux qu’il ne croise quasiment jamais! La Mouette des brumes doit en effet s’éloigner de son nid, placé dans une colonie, pour aller chercher de quoi sustenter son poussin. Avec ses grands yeux, elle est capable de pêcher de nuit. Elle plonge alors pour attraper calmars et certains poissons qui remontent à la surface la nuit, comme le Colin d’Alaska. Or, la moitié des poissons consommés aux Etats-Unis, comme le Colin, proviennent de…la mer de Béring. En bref, la Mouette des brumes fait face à un adversaire bien trop puissant pour elle! De 1970 à 1990, certaines colonies ont perdu jusqu’à 44% de leurs effectifs. L’effondrement des populations de Colin d’Alaska sont un vrai danger pour la survie de la Mouette des brumes.

Autre danger: le possible changement de répartition des poissons en fonction du réchauffement de l’océan. Dans certains endroits du monde, les modifications des courants océaniques ont entraîné un déplacement des ressources alimentaires, provoquant un effondrement de populations d’oiseaux.

La Mouette des brumes parcourt déjà 120 à 150 km depuis sa colonie pour chercher des proies pour ses poussins. Si l’homme continue à piller à outrance ses zones de pêches, si la répartition géographique des poissons changent, que va-t-il advenir des petites populations restantes de Mouette des brumes?


“Oh! J’ai hâte de savoir la suite! Oh oui alors! Et toi? T’as pas envie de savoir? Nan?”


Un géant à l’étroit: l’Aigle des singes

Incroyable rapace qu’est l’Aigle des singes! 2 à 2.5m d’envergure, entre 6.5 et 8kg, une tête hérissée de longues plumes rousses, un bec ultra-puissant: l’aigle des singes a une allure très caractéristique. Il est l’un des plus grands aigles au monde.

Il est au centre de bon nombre de légendes où il est question de disparition d’êtres humains, dans la forêt des Philippines où il vit. Si cet exploit semble hors de portée des puissantes serres de l’Aigle des singes, il se nourrit néanmoins de proies de taille importante: civette palmiste hermaphrodite et galéopithèque. Ce petit mammifère, sorte d’écureuil volant, peut constituer jusqu’à 90% du régime alimentaire de l’Aigle des singes.

L’Aigle des singes se tient juste au-dessus ou au sein de la canopée pour attendre le passage d’une proie. Malgré sa taille imposante, c’est un oiseau très discret, difficile à observer. Son besoin de forêts denses le menace gravement: la déforestation se poursuit à un rythme intense depuis des années dans les Philippines. Agriculture sur brûlis, exploitation minière, exploitation du bois, aménagements divers…Le territoire de ses grands oiseaux diminue sans cesse. On estime qu’il ne reste moins de 10.000km² d’habitat favorable pour l’espèce. Lorsque l’on sait qu’un couple a besoin d’un territoire moyen de 68km²…Il y a de quoi être inquiet.

En étant au sommet de la chaîne alimentaire de son milieu, les Aigles des singes n’ont jamais été particulièrement nombreux. Néanmoins, on sait aujourd’hui que leur population est gravement menacée d’extinction. Le Philippine Eagle Center travaille actuellement à la préservation de cette espèce, notamment grâce à de la reproduction en captivité. Mais pourra-t-on relâcher des oiseaux dans un milieu si abîmé?


“C’est une situation qui n’a ni queue ni tête.”


Si proche de la catastrophe: l’Ibis nippon

Incroyable histoire que celle de l’Ibis nippon! Au début du XXème siècle, il était un oiseau plutôt commun dans son aire de répartition: Japon, nord-est de la Chine, les deux Corées et extrême sud-est de la Sibérie. Se nourrissant de petits poissons, de crustacés d’eau douce et d’insectes, ils ne sont pas vraiment exigeants en terme d’habitats: marais, rizières avec un petit bois à proximité.

Première menace pesant sur l’Ibis nippon: la chasse, pour le commerce des plumes (ses fines aigrettes blanches). Puis, au début du XXème, une explosion démographique bouscule l’aire de répartition de l’ibis. Les forêts de pins nécessaires pour leur reproduction sont abattus, les marais sont drainés. Les changements politiques, la Seconde Guerre mondiale, les pesticides et l’agrochimie: le temps n’était alors pas en Asie à la protection de la biodiversité.

La première population a disparaître fut celle de Sibérie puis la population chinoise. La population globale de l’espèce qui comptait autrefois des milliers d’oiseaux se limita à…31 oiseaux au Japon, sur une petite île. En 1981, malgré des tentatives de conservation, il n’en restait plus que…5. Il s’agissait de l’oiseau le plus rare au monde.

Les cinq survivants furent capturés. Dans le même temps, l’Académie chinoise des sciences lança un programme de recherche d’oiseaux survivants sur son territoire. Jackpot! Deux couples nicheurs furent découverts, élevant des jeunes. Une station de protection des ibis fut créée à proximité et désormais, chaque arbre découvert portant un nid devint la propriété de l’Etat. Ainsi protégés par la loi, ils sont surveillés (encore aujourd’hui) par des gardes. L’ensemble de leur habitat ainsi découvert étant protégé, un programme de restauration de l’espèce fut mise en place. 

Aujourd’hui, leur population est estimée à 500 oiseaux en liberté et 150 en captivité! Une coopération s’est établie entre la Chine et le Japon, des oiseaux chinois étant envoyés au Japon afin de grossir la population captive. Une belle réussite qui met en lumière l’importance de la volonté politique dans la préservation de la biodiversité.


Et c’est sur cet joli “happy end” que nous refermons cet article! 

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