A la recherche de l’oiseau rare – Episode 4

Cette semaine, intéressons-nous à des oiseaux rares et menacés dans ce nouveau numéro de “A la recherche de l’oiseau rare” ! Qu’il présente des particularités anatomiques étonnantes, qu’il s’épanouisse dans un milieu particulier, qu’il entre en concurrence avec une autre espèce proche ou qu’il ait une distribution très locale : il y a mille raisons pour qu’un oiseau devienne rare.

Le Kagou huppé

Le kagou, un oiseau menacé sujet du dernier article du bird-blog d'une histoire de plumes

Un étonnant oiseau que ce Kagou huppé, par bien des aspects ! Endémique de la Nouvelle-Calédonie, il ne ressemble à aucun oiseau, tout au plus rappelle-t-il un petit héron par son port droit. Les scientifiques ont ainsi beaucoup de difficultés à déterminer ses plus proches parents. Son plumage est globalement gris, contrastant avec les pattes et le bec de couleur rouge. Sa grande huppe s’étend vers l’arrière et peut être difficile à distinguer lorsqu’elle n’est pas dressée.

Le Kagou huppé est un oiseau étonnant d’un point de vue physiologique. Il présente une composition sanguine unique, avec seulement le tiers des globules rouges d’un oiseau “normal” mais avec trois fois plus d’hémoglobine. Autre particularité anatomique : son duvet poudreux. Il possède de petites plumes qui se désintègrent en poussant. Cette poudre aide à imperméabiliser le plumage, une fonction utile sous le climat tropical de la Nouvelle-Calédonie. Enfin, si l’on observe attentivement son bec, on note la présence de replis de peau au-dessus de ses narines. Cette particularité anatomique servirait à protéger ses narines lorsqu’il fouille l’épaisse litière forestière en quête de nourriture.

Le Kagou huppé a un mode de vie principalement terrestre mais n’est pas totalement aptère. Ses ailes sont suffisamment grandes pour lui permettre de planer s’il a besoin d’échapper à un prédateur. Leur ornementation est utile lors des parades nuptiales

Une espèce singulière, insulaire, endémique, qui ne vole quasiment pas, menacée par les conséquences du développement des activités humaines dans son milieu : voilà qui rappelle le triste sort du Dodo de l’Ile Maurice…En effet, l’introduction de mammifères domestiques dans son milieu ont porté préjudice à cet oiseau qui vole mal. Prédation directe par les chiens, les chats et les rats, dégradation de leur habitat par le pâturage d’un cervidé introduit, le Cerf rusa, sont autant de menaces qui pèsent sur le Kagou.

Afin de protéger cette espèce devenue emblématique, le Parc provincial de la Rivière bleue, le site d’observation le plus célèbre, régule les prédateurs. En 2007, 500 kagous huppés y ont été recensés, ce qui représenterait au moins la moitié de la population totale. 

Le Harle huppard

Le harle huppard, un oiseau menacé sujet du dernier article du bird-blog d'une histoire de plumes

Voici une espèce qui disparaît en toute discrétion, sans attirer l’attention du grand public. Ce canard habitant des rivières est aujourd’hui présent uniquement sur quelques habitats restreints au Brésil. Le Harle huppard était autrefois présent au Paraguay et en Argentine où un seul spécimen a été observé depuis 1992. Les scientifiques pensent toutefois que cette espèce a toujours été rare.

Il faut dire qu’il affectionne des habitats plutôt inhabituels. Le Harle huppard exploite en effet les rivières peu profondes, claires et rapides, entre 200 et 1400m d’altitude. Il affectionne les eaux turbulentes et les cascades. Ces rivières peuvent être en forêt ou en prairie, l’essentiel pour le Harle huppard étant qu’elles soient à l’abri de tout dérangement.

Le Harle huppard, qui vit en couple durant toute l’année, est territorial. Chaque couple défend un tronçon de 8km de rivière et n’y tolère aucune intrusion. Il y capture des poissons, des escargots aquatiques et des larves d’insectes. Fait étonnant pour un Anatidé : il niche dans des trous d’arbres ou au milieu des rochers !

Oiseau mal connu, au comportement très discret, difficile à observer et sensible au dérangement, les petites populations de Harle huppé sont aujourd’hui particulièrement menacées. La construction de barrages hydroélectriques modifie profondément l’habitat de prédilection du Harle Huppard. La déforestation ainsi que l’intensification des pratiques agricoles augmente la turbidité de l’eau, modifient la structure des berges et sont des sources de pollution importantes. Enfin, les activités touristiques perturbent grandement cette espèce discrète. On estime aujourd’hui qu’il ne reste pas plus de 250 harles huppards en milieu naturel, la moindre pollution ou perturbation importante pour entraîner la disparition pur et simple de cette espèce.

L’Erismature à tête blanche

L'Erismature à tête blanche, un oiseau menacé sujet du dernier article du bird-blog d'une histoire de plumes

Difficile de ne pas reconnaitre l’Erismature à tête blanche au premier coup d’œil ! Grosse tête, silhouette trapue, tête blanche à calotte noire, bec bleu à la base renflée, queue pointue redressée…voici autant de critères d’identification pertinents.

Excellent plongeur et nageur, il fréquente les plans d’eau peu profonds aux berges densément végétalisées de roselières. Ce canard s’est installé de manière très ponctuelle : sud de l’Espagne, Turquie, quelques zones en Russie et au Pakistan.

L’Erismature à tête blanche est une espèce rare, considérée comme disparue depuis le début du siècle dans de nombreux pays européens, dont la France. En effet, la dégradation des zones humides, la chasse, les dérangements, la prédation par les chiens et les rats sont autant de raisons qui ont rendus les populations d’Erismature à tête blanche particulièrement fragiles. Et comme si tout cela ne suffisait pas, une autre perturbation d’ampleur s’est ajouté à cette liste déjà conséquente…

En 1948, une espèce nord-américaine cousine, l’Erismature rousse, est introduite en Angleterre. Suite à plusieurs échappées, une population férale se développe dans les années soixante. S’adaptant particulièrement bien au milieu, cette population d’Erismature rousse est multipliée par dix entre 1975 et 1990. Or, cette espèce entre directement en concurrence avec “notre” Erismature lors de la parade nuptiale. Pour attirer l’attention des femelles, le mâle de l’espèce américaine se frappe la poitrine avec le bec, plusieurs fois de suite. Densément fourni, son plumage contient l’air qui joue un rôle d’isolant. En le frappant avec son bec, le mâle provoque la libération de bulles, manœuvre manifestement irrésistible pour les femelles d’Erismature à tête blanche. Elles vont alors préférer les oiseaux américains aux mâles de leur propre espèce, créant des hybrides…fertiles.

L’hybridation avec une espèce introduite est un danger pour un oiseau dont les populations sont déjà fragiles. Si la population d’Erismature à tête blanche comptait plusieurs milliers d’individus au début du XXème siècle, elle est rapidement tombée à quelques centaines. Aussi, la “pollution” génétique avec l’Erismature rousse est une problématique dont il faut se préoccuper avec rigueur. Pourtant, les programmes d’éradication rencontrent des oppositions fortes, notamment en Grande-Bretagne où l’Erismature rousse est au fil du temps devenue populaire auprès du grand public.

La Sittelle kabyle

La Sitelle kabyle,, un oiseau menacé sujet du dernier article du bird-blog d'une histoire de plumes

 

Parmi ces oiseaux particulièrement rares, chacun pour des raisons différentes, évoquons un cas étonnant et une histoire (un peu) plus heureuse. La Sittelle kabyle, c’est avant tout l’histoire d’une découverte d’une nouvelle espèce dans un milieu où l’on ne l’attendait pas vraiment : la forêt proche d’un sommet de la chaîne de la petite Kabylie, dans le nord de l’Algérie. Autrement dit, loin des forêts tropicales denses où la biodiversité est incroyablement riche et où la probabilité de rencontrer une espèce encore jamais identifiée est plus haute.

Pourtant, en 1975, lors d’une expédition pour étudier la forêt de montagne du djebel Babor, un assistant forestier rencontre une sittelle avec une calotte noire et un sourcil marqué, qui lui rappelle la Sittelle corse. Or, aucune espèce de sittelle n’avait jusqu’à présent été observée en Algérie !

Plusieurs voyages furent par la suite organisés pour tenter de revoir et décrire cette espèce. Il apparu rapidement que cet oiseau était particulièrement rare. Les premières estimations de populations étaient de l’ordre de 90 individus. La zone géographique occupée par la Sittelle kabyle était restreinte, une bande d’altitude de 250m. Elle semblait apprécier des forêts spécifiques malheureusement menacées par le surpâturage des sous-bois.

Il fallu attendre 1989 pour qu’une autre population soit découverte dans une autre forêt de petite Kabylie, puis dans deux autres forêts proches, éloignées de seulement 30km. Les estimations les plus récentes avoisinent les mille individus, une majorité étant protégée au sein d’un parc national. Malgré des recherches poussées, aucune autre Sittelle kabyle n’a été observée ailleurs que dans ce périmètre restreint.

Si elle ne semble aujourd’hui pas en danger d’extinction, le fait que l’aire de distribution de cette petite population de Sittelle kabyle soit très locale incite à la plus grande prudence. Une seule catastrophe écologique telle qu’un épisode majeur d’incendies pourrait réduire à néant les chances de survie de cette espèce.

 

 

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