A la recherche de l’oiseau rare – Episode 2

Des oiseaux extraordinairement rares

Bonjour à tous! Aujourd’hui, nous revenons avec un nouvel épisode sur les oiseaux rares dans le monde (pour lire notre premier article sur le sujet, c’est juste ici!). Qu’ils aient connu une brusque diminution de leur population ou qu’ils soient amenés à disparaître dans un avenir proche, chacun a son histoire. Pour finir sur une note positive, nous verrons également que, dans certains cas, les efforts de l’homme en matière de conservation se sont avérés payants!


“Ça roule, ma poule!”

Et bien, vous êtes bien détendus aujourd’hui!

Allez, on commence avec un premier exemple: l’Albatros de Tristan.


Un tout-petit contre un géant: l’Albatros de Tristan

L’Albatros de Tristan est un oiseau marin de l’hémisphère Sud, cousin de l’Albatros hurleur connu pour son envergure exceptionnelle pouvant atteindre 3.70m. Il niche sur l’île Gough qui fait partie de l’archipel britannique Tristan da Cunha, considéré comme l’un des plus isolés au monde.

La population d’Albatros de Tristan est menacée par un prédateur peu commun: la Souris domestique. Introduite par des marins sur l’île Gough au cours du XVIII ou XIXème siècle, les souris se sont incroyablement bien adaptées au climat très rude de cette île située dans les quarantièmes rugissants. Elles avaient en effet trouvé un moyen de subsistance inédit: se nourrir des poussins d’Albatros! Les souris attaquent en effet les poussins, incapables de voler et laissés sans surveillance par des parents en quête de nourriture. Une fois attaqué par une souris, le sang s’échappant du poussin blessé attire rapidement d’autres souris. La plaie ouverte ainsi créée par les rongeurs va tuer le poussin en quelques jours de souffrance. Avec le temps et leur adaptation à leur milieu de vie, les souris prédatrices ont vu leur masse corporelle tripler: 40g au lieu des 15 chez une souris “classique”!

Bien qu’improbable, cette prédation met en péril la population d’Albatros de Tristan. La quasi-totalité de cette espèce se reproduit sur l’île Gough. Ce territoire étant petit, jamais plus de 3000 couples n’ont niché la même année. Sachant que cette espèce ne niche pas avant 8 ans et ne produit qu’un poussin par an…son avenir parait bien sombre. On estime que le taux de prédation est telle qu’en l’absence des souris, le nombre de jeunes à l’envol serait…cinq fois plus élevé!

Enfin, comme si cette menace ne suffisait pas, les Albatros de Tristan, comme tous les oiseaux pélagiques, sont particulièrement menacés par la pêche. Attirés par les appâts des palangriers, ils sont entraînés au fond de l’eau et se noient. Petite statistique-qui-fait-réfléchir: on estime qu’un albatros meurt toutes les cinq minutes du fait de la pêche.

Aujourd’hui, l’Albatros de Tristan est considéré en danger critique d’extinction.


“Tout cela me déprime un tantinet.”

Je reconnais, c’est pas folichon-folichon.

David contre Goliath: comment un albatros peut être menacé par une souris! #birdblog Cliquez pour tweeter

L’oiseau et la machine: la Grue blanche

Étonnante histoire que celle de la Grue blanche, oiseau migrateur américain, rare depuis si longtemps qu’il en est devenu emblématique. Il semblerait que la Grue blanche n’ait jamais été un oiseau commun, sa population totale n’ayant probablement pas atteint 10.000 individus. La transformation progressive des prairies en terres cultivables réduisit considérablement son habitat. Plus grand oiseau d’Amérique du nord avec son mètre cinquante de haut, elle était également une cible facile pour les chasseurs, notamment sur ses sites de nidification. Résultat: en 1937, il ne restait plus qu’une quarantaine d’individus.

Afin de préserver cette espèce de l’extinction totale, quelques Sapiens sapiens bien intentionnés prélevèrent dans des nids des œufs afin de reconstituer une nouvelle population en captivité. L’idée: conserver des individus de l’espèce au cas où la population migratrice sauvage connaîtrait un funeste destin. Puis, une idée encore plus folle a traversé l’esprit des conservateurs: et si cette population préservée en captivité permettait de reconstituer une deuxième population sauvage, à l’écart de l’originelle, afin de renforcer les effectifs?

A force d’opiniâtreté, le projet prit forme. En 2001, une ONG mit à disposition du programme…des ULM. La Grue blanche est en effet un migrateur qui part en groupes familiaux afin apprendre les voies de migration à ses petits. Relâcher des poussins dans un site de reproduction en fin de saison? Très bien! Mais encore fallait-il que quelqu’un leur apprenne la route vers un site d’hivernage!

Les poussins ont donc été élevés dans des enclos par des soigneurs déguisés en grues. Un long travail a permis de leur faire considérer l’ULM comme un élément “ami” et un repère. Dès le premier essai, les jeunes grues ont suivi l’ULM jusqu’au site d’hivernage préalablement choisi et quelques-unes revinrent au printemps suivant sur le site de départ pour se reproduire. En 2009, cette seconde population sauvage, à qui on avait appris une voie de migration totalement nouvelle, comptait 80 oiseaux! Et en 2006, pour la première fois, un poussin élevé dans la nature, de parents issus du programme, suivit avec eux cette nouvelle voie migratoire.

Si la migration peut représenter un danger pour des oiseaux (chasse, braconnage, lignes à haute tension, conditions météorologiques hasardeuses…), elle peut aussi être la clé dans leur sauvetage!


“Aaaaah enfin une bonne nouvelle!”

Je le reconnais bien volontiers: ça fait plaisir.


Victime de sa beauté: l’Étourneau de Rothschild

Un plumage d’un blanc éclatant, avec seulement quelques marques noires sur les ailes et l’extrémité de la queue, une belle huppe et une zone de peau bleue brillante autour de l’œil: telle est la flamboyante livrée de l’Étourneau de Rothschild.

Quelques images de la Bête.

Il semble que cet oiseau ait toujours été très rare: découvert en 1911, il vit à l’écart des hommes, sur une bande de 50 km le long de la côte nord-ouest de Bali, en Indonésie. La plus grande estimation jamais réalisée fait état de 900 individus.

Dès 1970, on n’en dénombre plus que 200. En plus de la destruction de leur habitat, la forêt, les étourneaux doivent faire face aux appétits féroces des collectionneurs prêts à payer 2000 dollars pour un individu.  L’Étourneau de Rothschild, comme tous les autres membres de sa famille, s’élève bien en captivité. Bien que la loi indonésienne interdise rapidement sa capture et son commerce, le braconnage se poursuit. En 1988, il ne reste plus que 47 individus puis, en 1990, seulement 15!

Un projet de conservation se met alors en place, avec des lâchers d’oiseaux afin de renforcer les effectifs sauvages. Mais le braconnage se poursuivant, en 2001, il ne reste plus que 6 étourneaux à l’état sauvage…

Toutefois, les outils permettant la protection des oiseaux se perfectionnant, la population remonta à une cinquantaine d’individus grâce à des lâchers. Près d’une quarantaine d’oiseaux furent notamment relâchés sur une île au large de la côte sur-est de Bali où la culture des habitants, tournée vers le respect de la nature, a permis de protéger de manière efficace les oiseaux. Aujourd’hui, une centaine d’Étourneaux de Rothschild s’y épanouit, loin du braconnage et des lubies des hommes.


“Ah mais ‘faut pas se laisser faire! Moi, les humains, je les mets à la flotte!”

Voilà qui parait plutôt radical mais assez efficace.

Sur ce, voyons un dernier exemple, pour finir sur une note positive.


Un oiseau unique en son genre: le Kakapo

Sur l’échelle des oiseaux hors du commun, le Kakapo figure en excellente place! Il fait partie de la famille des grands perroquets (c’est plus précisément un perroquet nocturne) et est endémique de la Nouvelle-Zélande. Cet oiseau aurait l’espérance de vie la plus longue des oiseaux: environ 90 ans!

Il présente une activité métabolique incroyablement lente. Ses ailes ne sont pas assez puissantes pour lui permettre de voler. Qu’importe! Pour cet oiseau végétarien, l’essentiel de ses journées consiste à parcourir son habitat afin d’y déguster feuilles, rhizomes et tiges. Il peut néanmoins grimper aux arbres sans aucun souci grâce à ses griffes puissantes.


“Tagada tagadam, c’est moi le Kakapo, j’arriiiiiive!”

Étonnant oiseau qui court, ailes ouvertes…

Le Kakapo vivait initialement dans un environnement totalement dépourvu de prédateurs, d’où son mode de vie. Il devait parfois rencontrer des prédateurs aviaires car il reste toujours très discret dans la végétation, il n’évolue pas à découvert. Mais l’arrivée des Maoris sur ce territoire changea la donne. En plus du fait qu’ils étaient de bons chasseurs, ils amenèrent avec eux chiens et rats polynésiens. Puis, avec les colons européens arrivent rats noirs, hermines et autres chats. Pour un oiseau sans vol efficace, la survie s’avère compliquée…


“Oh. Problème.”

Fort heureusement, la situation catastrophique du Kakapo a vite alerté les amoureux de la faune. Plusieurs programmes de renforcement de la population furent rapidement mis en place. Un déplacement de 300 oiseaux fut même organisé dès 1896, dans une autre île! Mais les hermines parvinrent malgré tout jusqu’à cette zone refuge. En 1976, il ne restait plus que 18 Kakapos à l’état sauvage. Et énorme problème: il s’agissant uniquement de mâles…

Mais, fait incroyable, une population de Kakapos inconnue jusqu’alors est découverte en 1977! Environ 150 individus dont une vingtaine de femelles! Après un déplacement d’une soixantaine de ces oiseaux vers des zones exempts de prédateurs et un plan de sauvegarde ambitieux, la population de Kakapos compte aujourd’hui 124 oiseaux.


“Et ça c’est carrément super chouuuueeeeette!!”

 

Et c’est sur cette nouvelle réjouissante que nous refermons cet article! 

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