Focus sur…Le Bruant ortolan

Focus sur le braconnage du bruant ortolan

Nous inaugurons aujourd’hui une nouvelle thématique d’articles! Intitulée “Focus sur…“, elle mettra en lumière une espèce ou une famille d’oiseaux qui rencontre une problématique comme une cohabitation difficile avec l’humain. Pour ce premier numéro, l’actualité européenne et les dernières décisions de justice dans les Landes nous ont offert notre sujet: le braconnage du Bruant ortolan.


“Raah Roger, ne me parle pas de braconnage, c’est un sujet qui m’eneeeerve!!”

 


Qui est le Bruant ortolan?

Focus sur le braconnage d'un oiseau protégé: le Bruant ortolan

Couramment appelé “ortolan” dans les médias, le Bruant ortolan est un passereau de la famille des Emberizidés. Le bec des oiseaux de cette famille est souvent conique: ils se nourrissent surtout de graines de graminées. Beaucoup de ces espèces sont migratrices.

D’une taille comprise entre 15 et 16.5cm (~ un Moineau domestique), le mâle en plumage nuptial se distingue par une gorge et des moustaches  de couleur jaune. Le corps est d’allure élancée, la tête et la poitrine d’un gris verdâtre. Le ventre est brun orangé et le manteau brun à rayures  noires et liserés brun foncé. L’œil sombre est cerclé de blanc, les pattes et le bec sont roses. Comme beaucoup de passereaux, la femelle est dans l’ensemble plus terne que le mâle. Le plumage internuptial est également plus terne.

Le Bruant ortolan affectionne les zones ouvertes, les prairies et les cultures céréalières où il peut se nourrir de graines mais également de gros insectes et autres invertébrés. Il peut choisir de s’établir pour sa reproduction dans des cultures où alternent buissons et grands arbres. On peut également le rencontrer dans les vergers pâturés qui jouxtent une zone boisée. Il y construira sur le sol un nid fait de tiges, de brins d’herbes et de poils d’animaux. Ce nid est bien dissimulé, à l’abri du regard intéressé des prédateurs, derrière de hautes herbes ou dans les champs de céréales.

Lorsque le temps est venu, le Bruant ortolan, migrateur au long cours, s’envole vers ses zones d’hivernage en Afrique subsaharienne. Il reviendra sous nos latitudes vers le mois d’avril. 


“Mais?! Ils ratent la neige, alors? Les pauvres, c’est super la neige, moi j’adore la neige!!”


Les populations de Bruant ortolan 

Le Bruant ortolan présente une large répartition géographique en Europe (ce qui ne signifie pas qu’il est commun, attention), divisée en deux zones:

  • une qui occupe le Nord de l’Europe: de la Scandinavie à la Russie

  • une qui s’étend sur le Sud de l’Europe: de l’Espagne à la Turquie jusqu’au Moyen-Orient

Depuis plusieurs décennies, les populations du Nord sont en chute libre et ce, malgré des mesures de protection des milieux. Ces mesures visent notamment à mettre en place des pratiques de cultures favorables à l’espèce. On sait aujourd’hui que la population danoise est éteinte. La population suédoise a quant à elle diminué de plus de 90% en 40 ans. Si les populations nicheuses françaises semblent plutôt stables, la tendance globale de cette espèce est au déclin. En cause notamment: intensification des pratiques agricoles, pesticides et fermeture des milieux.

Tous les bruants ortolans ne passent pas par la France lorsqu’ils partent en migration en direction de l’Afrique. La dernière étude sur la stratégie de migration du Bruant ortolan, publiée en 2016, a montré deux voies principales de migration (orientale et occidentale) et une troisième secondaire, (centre-européenne). Les oiseaux nicheurs orientaux choisissent une voie de migration continentale puis méditerranéenne pour rejoindre leurs sites d’hivernage en Afrique. Les nicheurs occidentaux (suédois, allemands, norvégiens) quant à eux vont suivre une route de migration atlantique. Ils vont donc survoler le sud-ouest de la France. 


Les différentes voies de migration du Bruant ortolan

Les différentes voies de migration du Bruant ortolan

 

(image tirée du rapport de 2016)

Pourquoi était-il si important de déterminer par quelles populations d’ortolans notre pays était-il survolé en migration? Parce que si ce sont les populations nicheuses nordiques en déclin qui migrent en France (et c’est le cas), alors le travail de protection et de conservation est d’autant plus important dans notre pays! Or, nous allons voir que ce n’est pas forcément le cas…


“Ah, ça m’agace! Ça me donne envie de casser des trucs, tiens!”


Le braconnage du Bruant ortolan en France

Le Bruant ortolan est une espèce protégée en France depuis 1999: il avait en effet été “oublié” de la loi de 1976, avec 25 autres espèces. Elle est donc à ce jour, au regard de cette protection, non chassable

Le statut du Bruant ortolan est évalué “Least concern” sur la Liste Rouge des espèces menacées de l’IUCN en raison de sa large distribution géographique et de la taille de sa population sur cette zone de répartition. Pourtant, en France, sa population nicheuse connait une chute de 57% depuis 2001. A l’échelle européenne, c’est une diminution de 88% des effectifs nicheurs depuis les années 80 qui s’est abattu sur les bruants ortolans! Quant bien même la population globale est importante, ces diminutions d’effectifs sont très alarmantes.

Or, les bruants ortolans ont longtemps été chassés dans le sud-ouest de la France, grâce à des matoles. Ce piège à petit oiseau se trouve principalement dans cette région. Le Bruant y est piégé vivant dans cette petite cage grillagée, attiré le plus souvent par un appelant et quelques grains de millet.


“Puisqu’ils sont si forts, ils n’ont qu’à nous attraper à la main plutôt que dans un piège!”


Même après son passage dans la catégorie “Espèce protégée par la loi”, le Bruant ortolan continua à être braconné, au titre de “pratiques culturelles régionales”…Le Bruant était engraissé au millet, noyé dans de l’armagnac, assaisonné, plumé puis passé à la cassolette avant d’être dégusté avec moults rituels. De nombreuses personnalités publiques comme François Mitterrand ou Alain Juppé ont ainsi consommé du bruant ortolan, vu alors comme un mets d’exception…du fait de sa protection!

Malgré son statut, une tolérance était donc de mise dans les Landes en ce qui concerne ce qu’il est convenu d’appeler non pas la chasse mais bien le braconnage du Bruant ortolan. Si les braconniers continuent de demander une dérogation, c’est parce qu’ils estiment que leurs prélèvements sont inférieurs à la mortalité naturelle annuelle de l’espèce. Or, on sait grâce à l’étude de 2016 que les populations qui traversent la France connaissent un déclin supérieur aux autres populations (qui utilisent la voie orientale et centre-européenne). Exercer une pression de prédation sur la population la plus fragilisée d’une espèce en déclin est totalement contre-productif pour sa préservation.

En décembre 2016, après deux avertissements, la Commission européenne est lassée de voir le braconnage d’une espèce protégée en Europe depuis 1979 se poursuivre en France. Elle la rappelle à l’ordre pour “violations persistantes de législation de l’UE, relative à la protection des oiseaux sauvages“. En effet, alors que les pays nordiques mettaient en place des mesures de protection pour le Bruant ortolan, celui-ci pouvait être tué dans le sud-ouest de la France lors de sa migration!  Cette année, la France s’est donc vue obligée de prendre des mesures en renforçant notamment les contrôles et les verbalisations et en pratiquant la tolérance zéro sur le terrain. De plus, plusieurs procès ont dernièrement abouti à la condamnation de plusieurs braconniers. Un effort salué par la Commission européenne qui a mis fin à la procédure d’infraction cette semaine.

Un bel espoir de changement qui ne peut qu’être salutaire pour le Bruant ortolan. En espérant que cet exemple serve la cause des oiseaux encore braconnés en France sous couvert de “traditions” comme le Pinson des arbres, le Pinson du Nord, le Chardonneret élégant, le Verdier d’Europe et le Serin cini, certains pris dans les matoles et d’autres dans des pièges à glu. Si le terme de “braconnage” nous fait souvent penser à des espèces connues, à des contrées lointaines, il faut pas oublier qu’il concerne aussi des espèces autour de nous, dans notre pays. Des espèces dont les populations sont en plein déclin. Un déclin rapide et silencieux.




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