La migration des oiseaux: choisir sa voie

La migration des oiseaux - comment les oiseaux choisissent leurs routes

Bonjour à tous! Cette semaine, on inaugure une trilogie sur la migration des oiseaux! Certes, nous en avions déjà parlé dans notre article On the road again: la migration des oiseaux, mais il s’agit d’un sujet tellement vaste et passionnant qu’il nous a paru important d’y revenir. Ce premier article sera ainsi consacré aux choix de voies migratoires


“Miomiom ça m’a l’air miomiomiom fort passionnant miomiom tout ça”

Ah je vous le garantis!

Trois grandes systèmes de migration

Dans une très grande majorité, les oiseaux migrent selon un axe nord-sud. Ils nichent dans les régions situées au nord, qu’ils quittent à l’automne pour leurs quartiers d’hivernage situés plus au sud. On considère trois grands systèmes de migration: le continent américain,  le système asiatique (Asie et Océanie) et le système Eurasie/Afrique.

Ces trois systèmes présentent de nombreuses différences, notamment par la nature des obstacles qui les composent. Au programme pour les oiseaux qui migrent au niveau du système “Eurasie/Afrique”: chaînes de montagnes et l’immense Sahara qui barre le continent africain. Pour les oiseaux américains: détour par l’Amérique centrale ou raccourci par le golfe du Mexique. Enfin, pour les oiseaux d’Asie: contournement de l’Himalaya puis traversées marines. Ces trois zones géographiques présentent également de nombreuses ressemblances, notamment en terme de milieux. C’est pourquoi il est possible d’observer des oiseaux de la même famille (limicoles, anatidés…) dans les trois systèmes, à des latitudes similaires.

Si les oiseaux de l’hémisphère Nord migrent du nord vers le sud, les oiseaux de l’hémisphère Sud font pour leur hivernage…l’inverse! Ce sont les migrations dites “australes“. Elles sont toutefois d’une ampleur moindre et ce pour une raison toute simple: la surface des terres émergées est cinq fois moins grande dans l’hémisphère Sud que dans l’hémisphère Nord! Seuls les oiseaux du sud de l’Afrique, de l’Amérique du sud et de l’Australie vont migrer. Leurs migrations vont être plus courtes et les voies plus variables, très dépendantes des conditions météorologiques.


-“Ah ouais?” -“Étonnant!” -“Z’avez entendu ça, les gars?” -“Oui, c’est fou.”

Routes, trajets ou fronts?

Les oiseaux suivent ce que l’on appelle des voies ou des “routes” migratoires assez précises et spécifiques à leur famille. Le terme de “trajet” sera plutôt utilisé pour parler d’un individu. Tant que les oiseaux ne rencontrent pas d’obstacles, comme une chaîne de montagnes, ils vont migrer sur un large front. Dans un même front de migration, certains axes sont plus empruntés que d’autres: ce sont en quelque sorte des “sous-fronts”. La taille du front de migration peut évoluer durant le voyage: de très étendu, il peut devenir beaucoup plus restreint lorsque les oiseaux atteignent leurs quartiers d’hiver. A l’inverse, des espèces se déplacent sur des fronts à la largueur uniforme durant toute la migration. Les Grues cendrées en sont un exemple bien connu: elles traversent la France dans un couloir de seulement 200km de large! Ces fronts étroits sont caractéristiques des espèces qui voyagent en famille, les adultes transmettant cette connaissance aux jeunes.


“Aaaah le pouvoir du savoir et de la connaissance…”

Sauf que les petites Grues n’ont pas de livre pour apprendre, elles!

Tracer sa route

Si nous avions vu dans notre premier article sur la migration pourquoi les oiseaux partaient, il demeure une question: comment dessinent-ils leur voie migratoire? Le plus logique serait de suivre une ligne entre leur point de départ et leur point d’arrivée. Ainsi, beaucoup d’oiseaux suivent la route du grand Cercle, soit la route la plus courte entre deux points sur un globe, car elle permet de grands raccourcis. Mais les oiseaux tiennent compte de bien d’autres paramètres que la distance à parcourir pour déterminer leur voie de migration. Ainsi, s’ils doivent faire des pauses pour se nourrir et se reposer, ils vont suivre une route avec des “points-repas”: côtes, marais, fleuves…Suivre la côte permet également de se repérer dans l’espace. Les oiseaux marins quant à eux, vont voyager en fonction de zones à forte productivité planctonique qui ne sont elles-mêmes pas fixes dans le temps et l’espace. Ainsi, de manière générale, la saisonnalité des ressources est un facteur très important à prendre en compte pour les oiseaux migrateurs. 

Autre paramètre essentiel: les conditions atmosphériques et notamment l’influence des vents. S’ils sont très puissants, ils peuvent complètement dévier un oiseau de sa trajectoire. Aussi, un oiseau expérimenté sera à même de prendre ce paramètre en compte et même, de l’utiliser à son avantage! Ce que nous pouvons prendre pour un détour dans une voie migratoire n’est qu’en fait une manière pour l’oiseau d’utiliser les courants pour son vol, ce qui lui permettra de diminuer ses dépenses énergétiques. Il parcourt alors plus de kilomètres mais de manière bien plus économique! 

En bref, une voie migratoire ne se suit pas au hasard mais est bien déterminée en fonction de paramètres précis.


“Et parfois, on se trompe un petit peu dans la trajectoire-PARDON-MONSIEUR!”

Pour ces questions de ressources alimentaires évoluant dans le temps et de vents dominants, les oiseaux ne suivent généralement pas la même route à l’aller qu’au retour. Une grande majorité d’oiseaux effectuent des migrations dites “en boucle“, parcourue dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Par exemple, beaucoup d’espèces vont suivre la côte Atlantique à l’automne mais remontent par la vallée du Rhône au printemps. Rapaces, passereaux, limicoles sont ainsi coutumiers du fait.

Concernant les oiseaux marins, le facteur “vents” est le plus important: ils construisent leur route migratoire de manière à profiter au mieux de l’assistance des vents porteurs. 


“Les vents porteurs, c’est clairement super importaaaaant!”


Des obstacles de taille

Une migration n’est pas un chemin aisé: de nombreuses obstacles se dressent sur le trajet. Les survoler ou les contourner, à chacun sa technique!

  • La mer

Tous les oiseaux ne sont pas capables de traverser de grandes étendues d’eau. Cela ne pose pas de réel problème à une grande majorité de passereaux, pour peu qu’ils aient fait des réserves de graisse suffisantes. Certains sont ainsi capables de traverser 600km au-dessus de l’eau. Lorsqu’ils rencontrent de mauvaises conditions météo ou qu’ils sont fatigués, ils font étape…sur les bateaux! La Barge rousse, un limicole, est définitivement la championne toute catégorie du survol d’eau: 11.000km au-dessus du Pacifique sans se poser! Les planeurs en revanche n’aiment pas l’eau: les courants thermiques porteurs ne se forment pas au-dessus de l’eau, aussi, ils ne peuvent exercer de vol plané. Lors de leur migration, les planeurs comme les cigognes ou les rapaces préfèrent passer par les détroits (Gibraltar, Bosphore, l’isthme de Panama) pour survoler le moins d’eau possible. 

  • Les montagnes

Voilà un obstacle qui convient beaucoup mieux aux planeurs qu’aux passereaux! Les ascendances thermiques s’y forment en effet sur les pentes exposées au soleil. En France, les Pyrénées sont franchis majoritairement par les deux extrémités. Les flancs de la vallée du Rhône sont également favorables à la formation des thermiques. En revanche, les passereaux ont plus de difficultés face aux montagnes: la plupart migrent à moins de 500m d’altitude, ils sont donc obligés de monter en altitude pour franchir les cols les plus bas. Ceux qui arrivent à franchir les montagnes sans les contourner ont besoin de réserves énergétiques importantes

  • Le désert

Dans notre système “Eurasie/Afrique”, le désert du Sahara est un obstacle majeur pour les oiseaux migrateurs, un véritable danger qui leur barre le chemin d’est en ouest. Les petits passereaux doivent impérativement constituer des réserves de graisse importantes avant de se lancer dans la grande traversée. La traversée en elle-même est mal connue: il semblerait qu’une grande majorité de passereaux migrent de nuit, en faisant des haltes régulières. Les rapaces et d’autres planeurs volent en journée, en essayant de faire de cette traversée les étapes journalières les plus longues de leur voyage, afin d’y rester le moins de temps possible


“Alors qu’il leur suffirait de trouver un peu d’eauaaAAAAAAAAHHH”


Ah c’est sûr, vu comme ça, ça réhydrate!

C’est tout pour aujourd’hui, merci de nous avoir suivi! Retrouvez-nous la semaine prochaine pour le second numéro de cette trilogie. Et si vous avez des questions ou si vous souhaitez juste papoter avec nous, retrouvez Une histoire de plumes sur Facebook, Twitter, Instagram, Pinterest, Google+ et LinkedIn.

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