La série de l’été – Episode 3: L’Effraie des clochers

Suite de la série de l'été d'une histoire de plumes: partons à la découverte de la chouette effraie

Bonjour à tous! Suite de notre nouvelle série de l’été (Retrouvez les deux premiers épisodes ici). Le principe: vous apprendre à identifier des oiseaux communs que vous croiserez sur vos lieux de vacances. Cette semaine, partons à la découverte de la chouette Effraie


“Et c’est parti mon kikiiiiii !!”


L’Effraie des clochers: fiche d’identification

L’Effraie des clochers est une chouette de taille moyenne. Le principal critère d’identification: son masque facial blanc en forme de cœur, reconnaissable entre mille, duquel se détachent ses yeux noirs.


“Ah oui, ça, le contraste est assez saisissant”


Les ailes et les pattes sont longues. Les parties supérieures du plumages sont brun clair, tachetées de noir et de blanc. Le dessous varie du blanc au roussâtre. Le bec est crochu et gris clair, les doigts sont gris ou jaunâtres et les ongles sont bruns.

Comme chez la plupart des rapaces, la femelle est plus grande que le mâle. En dehors de la période de reproduction, l’Effraie est plutôt silencieuse. Elle utilise principalement un cri d’alarme plutôt effrayant et un cri territorial consistant en une sorte de chuintement répété. En période de reproduction, elle se fait beaucoup plus bavarde: elle utilise pas moins de 18 vocalisations!

Chez les Strigiformes, l’ordre regroupant les rapaces nocturnes, l’Effraie des clochers est la seule représentante (sous nos latitudes) de sa famille , les Tytonidés. Tous les autres rapaces nocturnes sont rassemblés dans la famille des Strigidés (Lire notre article Une histoire d’Oiseaux: les Rapaces).

En quelques chiffres:

  • Taille: 34-39 cm

  • Envergure: de 89 à 98cm

  • Poids: entre 315 à 415g

  • Longévité: Pas plus de 4 ans du fait des nombreux dangers auxquels elle fait face. Des données de baguage ont montré qu’elles pouvaient vivre une vingtaine d’années.

Où voir l’Effraie des clochers?

L’Effraie est un oiseau sédentaire, avec une large répartition mondiale englobant les régions chaudes et tempérées des cinq continents. Elle est d’ailleurs représentée sur la planète par 28 sous-espèces. Elle est toutefois peu répandue en Asie. Ce sont l’Espagne et la France qu abritent les plus grandes populations européennes. Le Danemark et la Suède représentent la limite septentrionale de l’aire de répartition.

Ses habitats de prédilection

L’Effraie des clochers est une espèce synanthrope. Du grec “syn” qui signifie “ensemble” et “anthrôpos”, soit “l’homme”, la chouette Effraie vit au voisinage de l’homme. Elle se sert ainsi des clochers (d’où son nom), des vieux bâtiments, des étables et autres greniers à foin pour y installer son nid. Elle chasse alors à la nuit tombée dans les prairies environnantes, dans les cultures ouvertes, près de haies.


“Ah oui, c’est marrant, moi je préfère les arbres!”

Au menu de l’Effraie des clochers

L’Effraie se nourrit principalement de campagnols (environ 50% de son régime alimentaire), de musaraignes et de mulots. Elle peut à l’occasion se délecter de quelque oiseau imprudent, moineaux, hirondelles ou étourneaux, voire d’amphibiens.

L’Effraie des clochers avale ses proies entières. Elle rejettera les parties indigestes, os et poils, en une pelote compacte. Ces pelotes, appelées “pelotes de réjection” permettent de connaître avec précision le régime alimentaire de l’oiseau grâce à l’identification des restes. Les pelotes de réjection des chouettes effraies se différencient de celles des autres rapaces par la présence d’une couche de salive qui leur donne un aspect brillant.


“Et parfois, on a les yeux légèrement plus gros que le ventre…Burp…”


Le temps des amours

Les chouettes effraies se reproduisent et élèvent leurs jeunes de mars à septembre. Il peut y avoir deux pontes dans l’année si les conditions sont favorables, plus exceptionnellement trois. L’Effraie est fidèle à son lieu de reproduction ainsi qu’à son partenaire (peut-être plus à l’un qu’à l’autre…).

Le mâle exécute des vols nuptiaux et séduit la femelle au moyen d’offrandes. La femelle pond entre 4 et 7 œufs (mais la ponte peut aller jusqu’à 15 œufs!) dans un nid très sommaire, sorte de petite cuvette creusée dans un amoncellement de vieilles pelotes désagrégées. L’incubation des œufs, d’une durée d’environ un mois, est entièrement assurée par la femelle. Les jeunes s’envoleront vers 60 jours: ils se disperseront mais resteront dans un rayon d’une cinquantaine de kilomètres du nid.

A l’époque de “l’envol” des juvéniles hors du nid (qui ont plus tendance à se laisser tomber qu’à voler réellement), il est possible de trouver ces petites boules duveteuses au sol. La meilleur chose à faire dans ce cas est d’appeler le Centre de soins pour la faune sauvage le plus proche. En effet, si l’endroit où vous l’avez trouvé ne présente pas de danger (pas de chien ou de chat à proximité, éloigné de la route, oiseau non blessé…), il n’est pas forcément nécessaire de le récupérer. Il suffit de le placer sur un point en hauteur, à l’abri de prédateurs terrestres potentiels. Les parents continuent en effet de veiller et de nourrir leur progéniture une fois que celle-ci a quitté le nid. 


Exemple de juvénile qui a sauté du nid mais pas encore assez dégourdi pour se débrouiller sans ses parents.


Un oiseau longtemps persécuté 

Certaines civilisations attribuaient un pouvoir aux rapaces nocturnes: ainsi, chez les Zapotèques du sud du Mexique, les hiboux avaient pour rôle de prendre en charge l’âme des mourants. En Extrême-Orient, les rapaces nocturnes jouissent depuis des générations d’une image très positive. Ainsi, le Kétoupa de Blakiston, un hibou pêcheur, est l’un des dieux majeurs des Aïnous d’Hokkaidô.


“Quand ils nous font des grattouilles, on les aime bien, ces humains!”


Nous pourrions faire ici une longue liste d’exemples de fascination et de bienveillance de l’homme envers ces oiseaux. Or, ces exemples ne concerneraient pas beaucoup l’Europe en général et notre pays en particulier qui ont attribué pendant des dizaines d’années superstitions et croyances à ces majestueux oiseaux. Si une chevêche (une petite chouette) se faisait entendre au voisinage d’une maison: l’un de ses occupants décéderait dans les 40 jours! Concernant l’Effraie, son cri assez effrayant l’a plutôt desservie…Dans les Ardennes ou en Normandie, ce cri était annonciateur de mort. Chouettes et hiboux ont longtemps été victimes de ces croyances: vus comme des oiseaux de mauvaise augure, ils étaient cloués aux portes des maisons et des granges afin de conjurer le mauvais sort, de protéger de la maladie et des orages.

Si aujourd’hui cette pratique n’a plus court, les rapaces nocturnes étant de plus tous protégés par la loi, de nombreux dangers menacent toujours leur survie. Les effectifs de chouette effraie ont, comme leurs cousins, beaucoup souffert de l’usage massif des pesticides dans l’agriculture. Elles paient aujourd’hui un lourd tribut du fait d’un trafic routier de plus en plus important. 

Avec tous ces éléments, à vous de faire attention lorsque vous roulez la nuit: une Effraie des clochers sera peut-être en train de chasser non loin de votre route!

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Sources et recommandations:

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