Une histoire d’Oiseaux: Les pies-grièches

Les pies-grièches, sujet du dernier article du bird-blog d'Une histoire de plumes

Alors que le dernier couple de Pie-grièche à poitrine rose semble avoir déclaré forfait et déserté notre pays, intéressons-nous à cette famille d’oiseaux composée d’espèces étonnantes par bien des aspects.

Un peu de classification

Les pies-grièches font partie de l’Ordre des Passériformes, plus grand ordre de la Classe des oiseaux, avec plus de 6000 espèces d’oiseaux chanteurs. Ils appartiennent à la Famille des Laniidés, comptant 4 genres et 33 espèces dont les pies-grièches mais également les corvinelles et les eurocéphales.

De manière générale, les Laniidés sont des passereaux de taille petite à moyenne dont les plumages sont souvent discrets, allant du brun au noir. Chez les pies-grièches, on observe souvent un large bandeau sombre, souvent noir. Les ailes sont arrondies, assez courtes, et la queue est longue. Le bec est fort et à bout crochu et nous verrons plus loin à quel point cette forme spécifique, similaire à celle des rapaces, leur est utile dans leur façon (originale) de se nourrir. Dans la zone géographique “Europe-Afrique du Nord-Moyen-Orient”, il est possible d’observer huit espèces de pies-grièches.

Où voir des pies-grièches?

On observe les pies-grièches partout dans le monde, avec un nombre d’espèces et des effectifs très variables selon les continents. Ainsi, on ne trouve que deux espèces en Amérique du Nord. C’est sur le continent africain que le nombre d’espèces de pies-grièches est le plus élevé.

De manière générale, les pies-grièches sont des oiseaux de milieux ouverts, parsemés de haies, de buissons épineux et de broussailles.

Si la Pie-grièche grise fait partie de notre avifaune une large partie de l’année, voire toute l’année, d’autres en revanche y font une apparition beaucoup plus brève. 

A table !

Si les pies-grièches sont des oiseaux fascinants, c’est notamment en raison de leur régime alimentaire et surtout de leur mode de prédation. Elles présentent un régime carnivore et en particulier insectivore. Certaines espèces peuvent même capturer de petits oiseaux ! Le bec, épais à la base et fortement crochu, présente une échancrure à l’extrémité de la mandibule supérieure. A cette échancrure correspond une entaille dans la mandibule inférieure. Ce dispositif, sorte de “dent”, les aident à tuer leurs proies. Il leur permet également de retirer de l’animal toutes les parties indigestes, comme les élytres des coléoptères par exemple. Mais ce n’est pas le seul outil dont elles disposent. Elle s’aident également beaucoup de leurs pattes, notamment pour amener la petite proie à hauteur de bec. On peut dire qu’elles n’ont aucun mal à “travailler” leurs proies afin d’en retirer les meilleures éléments comestibles.

Autre caractéristique typique de leur famille : elles n’hésitent pas à utiliser des “outils” lorsque maintenir la proie devient trop difficile avec uniquement une patte. Elles utilisent des éléments pointus de leur environnement (épine de prunellier, de roncier, fil de fer barbelé…) pour empaler une proie un peu vive. Les pies-grièches peuvent également utiliser ces “lardoirs” lorsque l’oiseau a déjà assez mangé et qu’il souhaite constituer des réserves. Ces proies non consommées s’avèreront très utiles le matin ou lors des jours d’intempéries durant lesquels les gros insectes se font plus rares. Les “lardoirs” sont également indispensables pour aider à dépecer les grosses proies.

Il a été scientifiquement montré que si l’acte d’empaler ses proies était en grande partie inné chez les pies-grièches, elles continuent d’apprendre, par l’expérience, quels sont les meilleurs supports. Ainsi, des mouvements de bec caractéristiques, préludes aux empalements, ont été observés chez de jeunes pies-grièches.

Dans la famille des Laniidés, les pies-grièches appartiennent au genre Lanius, un mot qui, en latin, signifie…”boucher”. Autant dire que ces oiseaux n’ont pas toujours eu une excellente réputation. Dans les années trente, elles étaient classées “nuisibles” et, comme les rapaces, activement pourchassées. A la fin du XIXème siècle, dans certaines régions, les croyances populaires envers elles étaient même si féroces qu’on appliquait la “loi du talion”, en les attrapant et en les enfonçant des épines dans la tête!

Les pies-grièches en France

  • La Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio)

La Pie-grièche écorcheur, sujet du dernier article du bird-blog d'Une histoire de plumes

Difficile de ne pas repérer ce plumage ô combien contrasté et ce bandeau à la “Zorro” du mâle de la Pie-grièche écorcheur ! Si la femelle est semblable en silhouette et en proportions, les couleurs sont toutefois beaucoup moins tranchés. Comme beaucoup de ses congénères, la Pie-grièche écorcheur présente un caractère plutôt farouche mais est pourtant observable assez facilement. Elle aime en effet se placer en évidence sur un perchoir exposé afin de mieux repérer ses proies et pour défendre vigoureusement son territoire. C’est une grande migratrice: elle vient chez nous pour se reproduire avant de rejoindre ses aires d’hivernage dans le sud et le sud-est de l’Afrique. 

  • La Pie-grièche grise (Lanius excubitor)

La Pie-grièche grise, sujet du dernier article du bird-blog d'Une histoire de plumes

La Pie-grièche n’est pas toujours simple à déterminer. On compte en effet plus d’une dizaine de sous-espèces dans une aire de répartition vaste. Les mœurs, les habitats de chacune d’entre elles peuvent présenter de grandes variations. En France, nous recevons la visite de la sous-espèce nominale: Larius excubitor excubitor. Elle se reconnait à sa grande taille, approximativement celle du Merle noir. Son plumage est dominé par le gris clair et le blanc, on reconnait de loin son masque noir. Si elle se reproduit encore en France (Limousin, Auvergne, Jura) il est également possible d’observer des individus nichant en Scandinavie et rejoignant nos contrées en période hivernale. En France, les effectifs de la Pie-grièche grise sont en net déclin. Espèce liée aux milieux ouverts en Europe, elle paie un lourd tribut de la modification des pratiques agricoles.

  • La Pie-grièche à poitrine rose (Lanius minor)

La Pie-grièche à poitrine rose, sujet du dernier article du bird-blog d'Une histoire de plumes

Il peut, de prime abord, être aisé de confondre la Pie-grièche à poitrine rose avec la Pie-grièche grise. Toutefois, elle s’en distingue par sa taille beaucoup plus petite, son bandeau noir qui remonte jusqu’au front, au-dessus des yeux, et son ventre aux nuances rosées. Cette espèce est migratrice et ne reste que peu de temps chez nous. Elle arrive en mai, débute sa nidification puis repart dès la mi-juillet pour les plus précoces. En France, les dernières populations nicheuses sont (étaient) cantonnées à l’Hérault, l’Aude et le Gard. 

Une espèce désormais disparue? 

Si j’ai choisi de vous parler des pies-grièches cette semaine, c’est parce qu’une chronique d’Allain Bougrain-Dubourg a jeté, une nouvelle fois, un triste regard sur l’exemple de la Pie-grièche à poitrine rose. Cette espèce a fini par être, pendant plusieurs années, l’un des passereaux nicheurs les plus rares de France métropolitaine. Si elle a été longtemps commune dans la majorité des départements français, elle a connu une dégradation, lente mais majeure, de ses effectifs.

Un Plan Régional d’Actions avait été mis en place en 2008 pour tenter de mieux comprendre ce déclin et de mettre en place des mesures pour l’enrayer. Un Plan National d’Actions, dispositif de plus grande envergure, avait été alors mis en place en 2013. S’il n’a pas permis de freiner le déclin des effectifs, il a permis la conservation d’habitats favorables, laissant l’espoir d’une recolonisation spontanée. Pour autant, en 2019 ne subsistait d’un seul couple en France, dans le département de l’Hérault, couple dont la nidification a échoué.

La Pie-grièche à poitrine rose sera manifestement le premier oiseau à disparaitre de France métropolitaine au XXIème siècle. Il semblerait que les raisons de cette disparition soient multiples: diminution drastique des ressources alimentaires, disparition des habitats favorables sur les sites de reproduction et sur les aires d’hivernages, conditions climatiques défavorables à l’espèce…

Si les menaces qui pèsent sur les grands mammifères de contrées lointaines interpellent le grand public et font régulièrement (et à juste titre) l’objet d’articles de presse, il semble que l’extinction d’un petit oiseau sur le pas de notre porte ne suscite pas la même indignation. 

Vous avez des questions ? Une petite envie de papoter d’oiseaux ? Une idée de sujet, d’une thématique que vous souhaiteriez que j’aborde dans un article ? 

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