Focus sur…les chasses traditionnelles

Découvrez le nouvel article du bird-blog sur les chasses traditionnelles des oiseaux en France

Bonjour à tous! Cette semaine, actualité oblige, UHDP a décidé de consacrer un numéro de la série “Focus sur…”, série qui s’intéresse aux problématiques de cohabitation entre oiseaux et humains, aux chasses dites “traditionnelles”. Le premier numéro s’intéressait au Bruant ortolan, dont je reparlerais un peu plus loin, et le deuxième numéro aux oies cendrées. Voyons en quoi consistent ces chasses et pourquoi elles ont fait l’actualité cette semaine…



Moui, je ne suis pas sûr que tout cela va beaucoup me plaire mais allons-y.


La chasse à la matole

Je l’évoquais dans l’article le Bruant ortolan, la chasse à la matole est pratiquée dans le sud-ouest de la France. La matole est une petite cage grillagée. Elle piège l’oiseau lorsque, attiré par quelques graines de millet et le chant d’un appelant, celui-ci fait tomber la tige de fer qui retenait la matole. Les cages sont posées au sol ou accrochées à des tuteurs.

Dans les départements de Gironde, des Landes, de Lot-et-Garonne et des Pyrénées-Atlantique, cette technique de chasse est autorisée pour les alouettes des champs. L’emploi “d’appelants vivants non aveuglés et non mutilés et de l’espèce alouette des champs uniquement” y est autorisé.

Or, on le sait bien, ces pièges ne sont pas sélectifs. Et surtout, certaines espèces d’oiseaux sont particulièrement recherchées, bien que protégées par la loi, toujours au nom de la “chasse traditionnelle” (qui est donc en réalité, dans ce cas précis, ni plus ni moins que du braconnage). Ainsi, le Bruant ortolan ou le Pinson des arbres se retrouvent capturés dans ces matoles.

Et qu’en font les braconniers, me direz-vous? Ils les consomment! Le Pinson des arbres, espèce protégée depuis 1976, est cuisiné frit, en brochette ou en omelette. Le Bruant ortolan quant à lui, fait l’objet de toute un cérémonial de dégustation. Cet article de 2014, où des chefs étoilés faisaient part le plus sérieusement du monde de leur indignation à ne pouvoir servir à leurs clients des espèces d’oiseaux protégés nous apprend que l’oiseau se vend encore 150€ au marché noir. En 2014, il y avait donc encore preneur…



“Aaaah ça m’agace tout ça, ça m’agaaaace!!”


La chasse aux pantes

Autre moyen de chasser les alouettes (qui ont décidément inspiré bien des systèmes tordus pour les capturer): les pantes. Il s’agit de longs filets horizontaux disposés en vis-à-vis. Une installation comporte deux filets, une cabane où se cachent les “pantayres” (les chasseurs qui pratiquent cette chasse) et un appelant vivant, installé avec une entrave à la patte, entrave elle-même reliée à la cabane.

Depuis sa cabane, le chasseur utilise un sifflet afin d’attirer les oiseaux en vol. Une fois que ceux-ci se rapprochent des pantes, le chasseur manipule le dispositif permettant de faire voleter l’appelant vivant. Lorsque les alouettes sont posées au sol, les filets se referment d’un coup sur les oiseaux.

Illustration en images (âmes sensibles, passez votre chemin)…





La chasse à la tendelle

Dans le Top 10 des systèmes cruels pour tuer un oiseau, la tendelle me semble définitivement en tête de liste. Voyez plutôt l’ingéniosité du système: prenez une grosse pierre plate, maintenue soulevée grâce à des brindilles. Attiré par quelques baies, l’oiseau fait tomber les brindilles et…PAF l’oiseau.

la chasse à la tendelle, une des chasses traditionnelles évoquées dans le nouvel article du Bird-Blog d'une histoire de plumes

Sont concernés par cette chasse dite “traditionnelle” les turdidés soit la famille des grives et des merles, plus particulièrement le Merle noir et les quatre espèces de grives. Elle est aujourd’hui peu pratiquée, essentiellement dans l’Aveyron et en Lozère.


La tenderie

Cette chasse se pratique dans une soixantaine de communes des Ardennes. Il s’agit d’une forme de chasse au collet, appliquée aux oiseaux. En effet, il s’agit de capturer l’oiseau au moyen de lacets en crin de cheval, système installé au niveau d’une branche ou au sol.

la tenderie aux grives, une des chasses traditionnelles évoquées dans le nouvel article du Bird-Blog d'une histoire de plumes

L’oiseau vient se percher sur la branche horizontale et, attiré par les baies disposées à son attention, passe la tête à travers le nœud coulant puis, lors de son envol, se pend.

la tenderie aux grives, une des chasses traditionnelles évoquées dans le nouvel article d'une histoire de plumes

Comme pour la chasse à la tendelle, celle-ci vise les quatre espèces de grives et le merle noir. Elle se déroule lors de la migration post-nuptiale, en octobre.


La chasse à la glu

Dernière chasse traditionnelle évoquée dans cet article mais non des moindres: la chasse à la glu. Elles se déroulent dans 5 départements: Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Var, Vaucluse et Alpes-de-Haute-Provence.

Le principe est bien plus simple que les tenderies: il s’agit de recouvrir de colle des tiges en bois ou de petites branches d’arbres. Les oiseaux (merle noir et grives) coincés par la glu sont censés être capturés vivants. Une fois placé en cage, l’oiseau deviendra alors un appelant: son chant aidera les chasseurs à attirer et à tuer d’autres turdidés. Ils doivent être libérés vivants à la fin de la saison de chasse.

la chasse à la glu, une des chasses traditionnelles évoquées dans le nouvel article d'une histoire de plumes

En quoi ces chasses sont-elles problématiques ?

Précisons tout d’abord que des quotas s’appliquent à ces chasses. Le 27 septembre dernier, le Ministre de la Transition écologique et solidaire annonçait abaisser les quotas des oiseaux pouvant être chassés. Or, rapporté à l’état des populations des oiseaux chassés, la baisse des quotas ne change pas grand-chose. Ainsi, pour la saison 2018-2019, les quotas sont de 106 500 alouettes chassables grâce aux pantes et aux matoles. Or, selon la dernière étude menée conjointement par le CNRS et le Muséum National d’Histoire Naturelle, l’alouette des champs a vu ses effectifs chuter de 33% en 15 ans. Un quota de 106.500 alouettes chassables parait donc aberrant au vu de l’état de ses populations, déjà durement touchée par les conséquences de l’agriculture intensive et les pesticides.

Cette saison, 42.500 grives et merles pourront être chassés à la glu et 5800 aux tenderies. Il convient d’ajouter les conséquences de la chasse au fusil. Lors de la dernière saison de chasse, entre 400.000 et 600.000 grives mauvis ont ainsi été tuées, entre 800.000 et 2 millions de grives musiciennes et entre 175.000 et 261.000 merles. Et si on y ajoute le braconnage (il est par exemple très aisé de se fournir de la glu): autant dire que la pression supplémentaire que subissent les populations est loin d’être négligeable. 

Dernier point important: aucune de ces chasses n’est sélective. Certes, l’utilisation d’un appelant favorise l’arrivée d’oiseaux de la même espèce que l’appelant. Mais n’importe quel oiseau protégé peut se retrouvé englué, écrasé par une pierre ou pendu par un nœud coulant.



Tout ceci est…profondément…déprimant…


Pourquoi ces chasses “traditionnelles” font-elles parler d’elles aujourd’hui ?

La chasse à la glu s’est en effet retrouvée au cœur de l’actu environnementale. Elle a été, après avoir été plusieurs fois interdite car jugée trop cruelle, autorisée par un arrêté du 17 août 1989. La Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) souhaite faire annuler cet arrêté. Elle a donc déposé un recours auprès du Conseil d’Etat en 2017. Or, celui-ci vient tout juste de rejeter ce recours, le Conseil d’Etat refusant d’examiner les nouveaux éléments fournis par la LPO à savoir l’arrêté de la Cour de Justice de l’Union Européenne du 9 décembre 2004 condamnant l’Espagne pour la pratique des gluaux sur la communauté de Valence et les rapports d’experts vétérinaires confirmant les dommages irréversibles sur les espèces capturées à la glu. Suite à cette décision, la LPO a décidé de poursuivre son action et de porter plainte contre la France devant la Commission Européenne.

Lors de la consultation publique menée durant l’été dernier sur le maintien de ces méthodes de chasse, 88.6% des Français qui se sont exprimés  y étaient défavorables. 

Vous avez trouvé un oiseau englué? Parce que les conséquences sur son organisme peuvent être nombreuses (plumage détérioré, os brisé, contaminations à la glu et aux solvants…), voici un article avec quelques conseils!

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