La série de l’hiver : la Bernache cravant

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Nous rentrons doucement mais sûrement dans l’hiver ! De ce fait, poursuivons notre série de l’hiver débutée l’année dernière afin de découvrir des oiseaux hivernants sous nos latitudes. Cette semaine, zoom sur une petite oie venue du froid : la Bernache cravant !

La Bernache cravant : fiche d’identification

Sur le littoral atlantique, une petite oie sombre arrive chaque hiver, en grandes bandes bruyantes : c’est la Bernache cravant ! Un peu plus grande qu’un Canard colvert, la Bernache cravant fait partie de la grande famille des Anatidés. Elle est donc la cousine de l’Oie cendrée, du Cygne tuberculé ou du Canard colvert justement.

On reconnait cette petite oie à son corps globalement sombre : poitrine, tête, bec, pattes palmées et cou sont de couleur noire. On observe chez les adultes un demi-collier blanc. Le dessous du corps est gris-brun et, critère d’identification important pour la distinction entre les sous-espèces, le dessous de la queue est blanc. Il n’y a pas de dimorphisme sexuel.

Les jeunes de l’année sont reconnaissables sur les zones d’hivernage grâce à des liserés blancs sur les ailes. Le demi-collier blanc n’est pas toujours présent mais ce n’est pas toujours un critère fiable.

On distingue trois sous-espèces de Bernache cravant : 

  • Branta bernicla bernicla : il s’agit de la sous-espèce la plus commune, celle que l’on observe en majorité sur nos côtes. Elle niche en Russie et en Sibérie et migre par la mer Baltique vers le nord-ouest de l’Europe. La limite entre le dessous blanc de la queue et le ventre est sombre, peu net. Parce qu’elle est la plus présente en hivernage en France, nous nous intéresserons à cette sous-espèce dans cet article.

  • Branta bernicla hrota : la Bernache cravant à ventre pâle. Quelques centaines d’individus migre en France (en Normandie principalement). Le dessous de la queue est d’un blanc franc et le contraste avec la poitrine noire est très net.

  • Branta bernicla nigricans : la Bernache du Pacifique, qui se subdivise en deux populations. Son observation est beaucoup plus rare. Ses flancs sont bien plus blanchâtres que les deux autres sous-espèces et son collier est également plus large. 

La Bernache cravant en trois chiffres :

  • Taille : de 56 à 61cm
  • Envergure : de 105 à 117cm
  • Poids : 1,2 à 1,7kg

Où observer la Bernache cravant ?

Sur cette photo, on voit clairement sur trois individus les liserés blancs sur les ailes, typiques des juvéniles de l’année, liserés absents chez l’adulte. Le demi-collier est déjà apparu, ce critère est donc moins fiable.

La Bernache cravant est un oiseau migrateur dont les aires de nidification et d’hivernage sont clairement disjointes. Lors de sa période de reproduction, elle a une répartition dite « circumpolaire » : Sibérie, Alaska, Canada, Groenland, Spitzberg. Concernant la sous-espèce nominative, elle atteindra les baies et les estuaires européens dès la fin du moins de septembre.

Ses habitats de prédilection

En période de reproduction, la Bernache cravant fréquente les toundras arctiques à proximité des côtes ou de lacs. Elle présente en effet un lien avec le milieu aquatique plus marqué que les autres oies, elle nage très bien.

Pendant la mauvaise saison, elle choisit de s’installer dans les baies abritées, les vasières, les estuaires. On ne l’observe que très rarement sur les eaux douces.

Au menu de la Bernache cravant

La Bernache cravant est, contrairement à bien des idées reçues, une herbivore strict. Ce régime alimentaire varie légèrement selon la période de l’année car il est contraint par les saisons. En effet, elle va privilégier les algues, les mousses et autres lichens durant sa période de reproduction. Durant l’hiver, elle va rechercher principalement les zostères (zostère naine et zostère marine) mais également les salicornes, les herbes marines ainsi que les semis de céréales en hiver.

Sur ces zones d’hivernage, la Bernache cravant est donc particulièrement dépendante des herbiers de zostères. Or, ces herbes marines sont très vulnérables aux perturbations, qu’elles soient naturelles ou d’origine anthropique, comme les pollutions chimiques. Or, on observe sur tout le littoral atlantique français une diminution conséquente de la taille des herbiers de zostères. Ce phénomène est d’autant plus problématique qu’en plus d’être une ressource alimentaire indispensable pour les bernaches cravants durant l’hiver, ces herbiers sont des lieux de ponte, de nourrissage et des abris pour une grande diversité d’organismes marins (poissons, mollusques, crustacés…).

Le temps des amours

La Bernache cravant se reproduit une fois par an, lorsque les conditions météorologiques dans les toundras arctiques sont clémentes, vers le mois de juin. Elle peut nicher en solitaire ou en colonie, la colonie représentait un fort avantage pour défendre les petits, alors vulnérables, face aux prédateurs que sont les renards, les goélands ou les labbes. Dans un nid élaboré à même le sol, la femelle pondra entre un et six œufs : la pression de prédation étant forte, il faut assurer la survie de l’espèce !

Les poussins sont nidifuges et sont très vite autonomes. Ils suivront leurs parents pendant la migration et l’hivernage, ces phases du cycle de vie étant caractérisées par un comportement particulièrement grégaire de l’espèce.

Un oiseau de légendes…

Comme beaucoup d’oiseaux migrateurs, les mœurs de la Bernache cravant sont à l’origine de bien des mythes, chaque histoire ayant sa propre version selon les régions. L’une d’entre elle raconte que l’oiseau naissait sous la forme d’un coquillage : l’Anatife, un petit crustacé qui se développe sur des supports flottants, comme le bois des vieux bateaux. La Bernache naissait ainsi, se nourrissant d’eau de mer. Dans une autre version impliquant l’Anatife, celui-ci était considéré comme l’œuf de la bernache.

…de plus en plus menacé

Si la population hivernante en France a tendance à augmenter, la bonne santé des effectifs de Bernache cravant n’est pour autant pas garantie. Comme pour beaucoup d’espèces, la régression et la transformation des habitats favorables à son cycle de vie l’affectent durablement.

En période d’hivernage, période sensible car exigeante du fait des conditions météorologiques, le dérangement fréquent des oiseaux par les activités comme le kayak de mer ou la chasse affecte leur métabolisme et donc leur survie.

Enfin, comme nous l’avons vu précédemment, la régression des herbiers fragiles de zostères du fait de la dégradation de la qualité des eaux est une problématique importante pour la survie des bernaches cravants.

Pour toutes ces raisons, la Bernache cravant est protégée en France par l’arrêté ministériel du 17 avril 1981 relatif aux oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire (J.O. 19/05/1981) modifié par l’arrêté du 03/05/2007 (J.O. 16/05/2007). Nous avons une responsabilité particulière dans la conservation de cette espèce migratrice. En effet, lors du pic d’hivernage, nos côtes accueillent près de 70% de la population ! Leur proposer des milieux sains leur permettant de se nourrir et de se reposer sans dérangement est une étape déterminante dans le maintien des effectifs stables de bernaches cravants.

Et pour clôturer en beauté ce numéro de la Série de l’hiver, quelques images d’ambiance cette petite oie venue du froid !

Et c’est tout pour aujourd’hui ! Vous avez des questions ? Une petite envie de papoter d’oiseaux ? Une idée de sujet, d’une thématique que vous souhaiteriez que j’aborde dans un article ? Retrouvez-moi sur FacebookTwitterInstagramPinterest et LinkedIn

Sources et recommandations :

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